La construction au Québec atteint 216 millions d'heures en 2025 — ce que ça change pour les estimateurs en 2026
La CCQ vient de confirmer 216 millions d'heures travaillées en construction au Québec en 2025, avec une moyenne de 220 millions prévue jusqu'en 2030. Plus de 200 000 travailleurs actifs sur les chantiers, un sommet historique. Bonne nouvelle pour les carnets de commandes. Mauvaise nouvelle pour vos équipes d'estimation, qui n'ont pas grossi au même rythme.
Voici ce que ce volume record change concrètement pour vos soumissions en 2026.
Un volume record, une capacité qui ne suit pas
La CCQ l'indique sans détour dans son rapport 2026-2030 : les besoins de main-d'œuvre sont évalués à 17 000 nouvelles personnes salariées par année pour la période 2026-2030. Le secteur de l'électricité est particulièrement concerné — la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ) soulignait en mai 2026 que les besoins de relève atteindraient près de 1 860 nouveaux électriciens par année jusqu'en 2030, dans toutes les régions du Québec, alors que le nombre de diplômés demeure insuffisant pour répondre à la demande.
Ce déséquilibre entre la demande de projets et la disponibilité des ressources humaines produit un effet concret sur le cycle de soumission : les mêmes équipes d'estimateurs doivent analyser plus d'appels d'offres, avec les mêmes heures disponibles.
Le goulot d'étranglement est dans la soumission
Les discussions sur la pénurie de main-d'œuvre dans la construction portent presque toujours sur les métiers de terrain : électriciens, charpentiers-menuisiers, ferblantiers. Mais le goulot d'étranglement commence souvent avant le chantier, au moment de l'estimation.
Un appel d'offres abandonné parce que l'équipe n'avait pas la capacité de l'analyser dans les délais, c'est un contrat potentiel perdu. Un takeoff produit trop vite, avec des imprécisions sur les quantités, c'est une soumission déposée avec une marge de risque que l'entrepreneur n'a pas choisie consciemment.
Pourtant, l'estimation reste l'une des fonctions les moins automatisées dans une entreprise de construction de petite ou moyenne taille au Québec. La plupart des équipes travaillent encore avec des outils de mesure sur PDF, un tableur, et beaucoup d'heures de travail manuel.
Ce que l'activité soutenue implique concrètement
Quelques réalités qui découlent directement du contexte 2026 :
Plus d'appels d'offres à analyser, pas plus de temps pour le faire. Le volume de projets en génie civil et voirie est porté par les investissements d'Hydro-Québec, les projets de transport collectif à Montréal, et les infrastructures municipales. Le secteur résidentiel repart aussi à la hausse. Ces projets génèrent un flux constant d'appels d'offres — pas tous accessibles, pas tous pertinents, mais le volume de filtrage et d'analyse augmente pour tout le monde.
Des délais de soumission qui ne s'adaptent pas au volume. Les délais de dépôt dans les appels d'offres publics sont encadrés. Ils ne s'allongent pas parce que votre équipe est occupée. Si vous n'avez pas la capacité de traiter trois appels d'offres en simultané, vous en choisissez deux — ou vous en bâclez un.
Des addendas qui arrivent en cours de route. Les projets complexes génèrent des révisions de plans en cours de soumission. Chaque addenda, c'est un retour sur un takeoff déjà partiellement complété. Sans processus efficace pour comparer les versions, le risque de manquer un changement de scope est réel.
Un contexte de relève difficile spécifiquement en électricité. La CMEQ et la CCQ confirment toutes deux que la demande pour les électriciens est en forte croissance, tirée par l'électrification, la transition énergétique et les grands projets d'infrastructures. Cette pression ne se limite pas aux chantiers — elle s'étend aux équipes d'estimateurs spécialisés en électricité, qui sont souvent les mêmes personnes.
Automatiser ce qui peut l'être plutôt qu’embaucher
L'automatisation de la phase de relevé de quantités ne remplace pas l'estimateur. Elle lui rend du temps — du temps qu'il peut utiliser pour analyser plus d'appels d'offres, vérifier les hypothèses de sa soumission, ou simplement éviter les erreurs de fin de soirée sur un décompte de 40 pages de plans électriques.
Un outil de takeoff assisté par IA, pour un corps de métier spécialisé comme l'électricité ou la fenestration, peut prendre en charge la détection et le dénombrement des symboles, la lecture des légendes, et la comparaison de versions de plans. Ce n'est pas une promesse de précision parfaite. C'est un gain de vitesse sur la partie la plus mécanique du travail.
Dans un marché à 220 millions d'heures prévues par année, avec des équipes qui ne grandissent pas au même rythme que les carnets de commandes, c'est ce gain-là qui fait la différence entre déposer trois soumissions par mois ou cinq.
Ce que ça ne change pas
L'automatisation du takeoff ne règle pas tout. Elle ne remplace pas la lecture critique d'un devis, l'évaluation du risque sur un projet complexe, ou la relation avec les sous-traitants spécialisés dont vous avez besoin pour chiffrer certains travaux. Ces parties du travail restent humaines.
Ce que l'IA change, c'est l'équation de temps : si vous passez moins d'heures à compter des prises de courant sur des plans PDF, vous avez plus d'heures pour faire le travail que seul un estimateur qualifié peut faire.

